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Stockages bas, guerre au Moyen-Orient, prix élevés : l'approvisionnement européen en gaz sous tension en vue de l'hiver
information fournie par Boursorama avec Media Services 10/08/2026 à 11:48
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Les stockages européens ne sont remplis qu'à 58%, contre 75-80% habituellement à cette période de l'année. Une situation délicate, d'autant plus que la Chine concurrence l'Europe pour les cargaisons disponibles.

Le terminal de Fos-sur-Mer. (illustration) ( AFP / BORIS HORVAT )

Le terminal de Fos-sur-Mer. (illustration) ( AFP / BORIS HORVAT )

L'approvisionnement en gaz de l'Europe est de nouveau sous tension, quatre ans après la crise énergétique provoquée par l'invasion de l'Ukraine, alors que la guerre au Moyen-Orient a perturbé pendant l'été le remplissage des stockages tombés à un niveau bas. De quoi raviver les craintes sur les prix cet hiver.

• Stockages au plus bas

Le gaz conserve un rôle central en Europe pour alimenter les usines, chauffer les bâtiments ou produire de l'électricité dans les centrales thermiques. L'été correspond habituellement à la période durant laquelle les acheteurs de gaz reconstituent les réserves souterraines en profitant de prix plus faibles qu'en hiver.

À cette période de l'année, le niveau de remplissage moyen en Europe devrait en moyenne "se situer vers 75-80%", indique à l' AFP Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Centre global de politique de l'énergie de l'Université Columbia. Or, selon l'association d'acteurs gaziers Gas Infrastructure Europe, les stockages européens ne sont remplis qu'à 58% . Un niveau inédit depuis 2021, année où la Russie avait commencé à réduire ses livraisons de gaz vers l'Europe.

• Combinaison de facteurs

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. "L'Union européenne a terminé le dernier hiver avec des stocks souterrains de gaz à seulement 28%, un niveau nettement inférieur à celui des années précédentes", relève Ronald Pinto, analyste chez Kpler, interrogé par l' AFP .

S'y est ajouté "le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février", qui a affecté les importations européennes en gaz naturel liquéfié (GNL), comme celles acheminées du Qatar par le détroit d'Ormuz, ce qui a fait gonfler les prix.

Dans ce contexte, les acheteurs européens ont parié sur une baisse ultérieure des cours, retardant leurs achats destinés au remplissage des réserves, selon Kpler. Résultat : les prix du gaz à livrer cet hiver sont restés artificiellement inférieurs par rapport aux prix estivaux, réduisant l'intérêt économique du stockage estival.

• Approvisionnements sous surveillance

Un porte-parole de la Commission européenne affirme qu'il n'existe "aucune inquiétude immédiate concernant la sécurité de l'approvisionnement en gaz dans l'UE" avant l'hiver. Et ce notamment, parce que la situation diffère de celle de la crise énergétique de 2022 liée à la guerre en Ukraine. L'Europe a développé ses capacités d'importation de gaz naturel liquéfié (GNL), transporté par bateau, pour remplacer le gaz russe et "la demande de gaz dans l'UE a diminué de 17%" par rapport à son niveau d'avant le début de l'invasion de l'Ukraine.

Bruxelles estime qu'un taux de remplissage des stockages de 80% est "techniquement atteignable" et "suffisant pour sécuriser l'approvisionnement pendant l'hiver", ajoute le porte-parole, interrogé par l' AFP .

Mais certains experts sont plus nuancés. "Les risques pesant sur l'approvisionnement de l'Europe restent élevés en raison de la diminution de la disponibilité de GNL en provenance du Moyen-Orient", souligne Antonia Syn, analyste chez Rystad Energy. Même si aujourd'hui, "le continent est mieux placé pour faire face à des perturbations durables de l'offre", Ronald Pinto estime aussi que "des risques subsistent". Il cite notamment d'éventuelles perturbations des approvisionnements en provenance de Norvège ou d'autres sources clés pour l'UE, ainsi que des interruptions de l'offre américaine liées à une vague de froid prolongée ou à des opérations de maintenance imprévues dans des installations de GNL.

• Des prix appelés à rester élevés

Dans ces conditions, "il y aura sans doute une augmentation des prix, surtout si le Qatar et les Émirats arabes unis ont des difficultés à exporter du GNL" par le détroit d'Ormuz, toujours bloqué, estime Anne-Sophie Corbeau. Selon Ronald Pinto, le prix de référence européen du gaz "restera élevé pour le reste de l'année" , avec des moyennes mensuelles comprises entre 55 et 62 euros le mégawattheure.

Très affectées par la crise du détroit d'Ormuz, l'Asie et en particulier la Chine concurrencent directement l'Europe pour attirer les cargaisons disponibles de GNL, alimentant la hausse des prix. "Pour le moment, on voit plutôt le GNL aller vers l'Asie que chez nous, car les prix y sont plus élevés" , relève Anne-Sophie Corbeau.

D'autres paramètres peuvent aussi peser sur le marché, notamment la rigueur de l'hiver et le niveau de production électrique éolienne. "Si les stocks sont moins pleins, que l'hiver est rigoureux et qu'un autre problème survient, il faudra envisager des mesures de sobriété", prévient l'experte, comme en 2022.

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